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Pomerol, le nouvel espace de Coworking (par Gérard VALLET - ANDT)
Je suis assez souvent interrogé au cours de mes conférences sur la notion de télécentre (que je continue de défendre car c’est la seule alternative réaliste au travail à domicile dont la plupart des employeurs ne veut même pas entendre parler). Mais il est vrai que depuis un peu plus d’un an les questions se font plus précises. Ainsi, les sociologues, les urbanistes et autres spécialistes, me demandent pourquoi je prône ces installations en province et plus particulièrement en zones rurales alors que d’après eux, depuis 2008 la moitié de la population mondiale serait urbaine… et en 2050 en suivant la tendance on devrait être à 70% (plus par croissance naturelle des populations urbaines que par accroissement de l’exode rural)…
Ok ils ont certainement raison (encore que …), mais moi j’aime les choses concrètes et au présent. Paradoxalement, je vois que les collectivités locales investissent souvent lourdement dans la création (construction) de télécentres en zones rurales, alors que les nouveaux « tiers lieux » s’ouvrent davantage au centre des villes. Comment expliquer ceci ? Tout d’abord, les télécentres ruraux sont financés par les collectivités (voire l’Europe) en vue d’attirer des télétravailleurs salariés. Les responsables pensent, sans doute un peu naïvement, que quelques télécentres isolés à l’équilibre économique incertain peuvent convaincre les entreprises. Je me suis si souvent exprimé sur cette erreur, que je ne compte plus mes détracteurs en province (Pyrénées, Cantal …), mais peu importe, je persiste à penser que la notion de télécentre ne peut s’imaginer qu’en réseau et avec un maillage dense. Par contre, les nouveaux tiers-lieux dont les espaces de coworking, ciblent plus nettement les télétravailleurs (ou pas) indépendants.
Une petite pause pour juste rappeler quelques étapes. L’Internet est à la base du travail à distance et du nomadisme. Mais en 1994 lors de la création de l’ANDT l’Internet n’existait en gros qu’à l’université. Pourtant, moins de deux ans après on voyait arriver des cybers Cafés. Aujourd’hui chez Mac Do il est possible de passer l’après-midi à télétravailler en consommant seulement un café pour 4 à 5 heures de Wifi gratuit. Pareil dans la plupart des hôtels et demain sur les parkings des autoroutes. Alors pourquoi ces nouveaux lieux payants ?
Travailler seul chez soi n’est pas une bonne solution sur la durée. J’ai toujours eu du mal à rester seul chez moi une journée à ne pas parler. Et pourtant je suis plutôt du genre ours.
C’est pourquoi j’ai tenté de mieux comprendre ces nouveaux lieux en allant les visiter.
La Cantine numérique dont tout le monde me parlait, n’est pas une sorte de restauration rapide, mais un endroit (maintenant en franchise) dans lequel on peut louer un espace (non, pas un bureau fermé et individuel comme dans les centres d’affaires, quelle horreur), mais un endroit pour s’assoir et poser son Mac Air, se connecter et travailler … Le grand principe c’est de ne pas être seul. C’est pouvoir parler aux autres, retrouver une ambiance de bureau et si possible la fameuse machine à café, instrument de communication moderne. Sans compter les fameuses et fréquentes animations qui font des soirées thématiques presque un nouveau lieu de rencontres, entre pros bien entendu.
Pourquoi pas, mais est-ce rentable ? Je pose la question car à la fin du compte, tous ces nouveaux lieux doivent aussi obéir à une loi économique simple, et même comptable: finalement qui paie ?
La réponse est dure. Non, aucun de ces lieux n’est rentable.
Les télécentres restent le plus souvent vides et les « cantines » ne couvrent en gros que 50% du budget. Alors ?
Pour ceux qui l’oublieraient, nous sommes en septembre 2011. La crise frappe à notre porte.
N’oublions quand même pas trop vite ces quelques éléments, la réforme des collectivités territoriales, la crainte d’un effondrement du marché obligataire avec les dettes État, la difficulté des collectivités locales dans la gestion de leur budget (emprunts pourris, suppression de la taxe professionnelle, instabilité du marché du logement sur le montant des droits de mutation, poids important des charges de personnel). Cela interroge la stabilité juridique, les relations locales et sociales, dont les entreprises ont besoin.
Alors développer des structures est sans doute un bien, mais le faire sans explorer la façon de les financer et de les maintenir sur le long terme est aussi sans doute un mal.
C’est pourquoi j’ai été intrigué par l’arrivée discrète d’un nouvel espace de Coworking. La surprise, presque l’interrogation. C’est ok pour un nouvel espace, mais comme il est en zone purement rurale et qu’il est de fait le premier, on cherche à comprendre et moi en tête.
Rendez-vous est pris en cette belle journée pluvieuse et venteuse (rare je le concède) du 26 août 2011 à Pomerol (33500). Oui, vous lisez bien, Pomerol et le vin, plus particulièrement les grands crus, le plus souvent classés.
Mais Pomerol, c’est à peine un village de 800 âmes. Des maisons (jolies) dans les vignes.
Et dans la petite rue (34 rue Catusseau), une ancienne boutique devenue un espace de Coworking.
L’idée de Lucile Aigron (la présidente) repose sur le même constat que moi. Travailler chez soi n’est pas le meilleur endroit. Mais elle va plus loin. Pourquoi ne pas regrouper des professionnels indépendants qui vivent à proximité de Pomerol et du même secteur d’activité (graphisme, communication, design, Web …) qu’elle qualifie d’économie créative.
Pourquoi ne pas partager un même espace, des équipements et une communication nouvelle pour des projets nouveaux ?
L’aspect économique est bien évidemment l’un des enjeux du coworking. La mutualisation de ressources est un moteur pour ces espaces de vie.
Lucile et les autres membres fondateurs vont vite, mais vont aussi à l’essentiel. Et ça marche.
Cet espace est géré par l’association présidée par Lucile. Bien entendu, l’Arrêt-minute de Pomerol c’est seulement 75 M² sur deux niveaux, mais c’est sympa car c’est simple, accueillant et très pro.
Pas d’animation c’est vrai, mais venir travailler ici c’est d’abord pour différencier les tranches de vie et payer le moins cher possible sa place, car en gros c’est 5 places pour les permanents et 2 pour les ponctuels. Mais tous disposent d’un poste de travail confortable, efficace et convivial.
D’ici la fin de l’année, il y aura même la fibre optique, ce qui, pour cette équipe de graphistes et communicants sera vraiment un avantage déterminant.
(de gauche à droite Lucile la Présidente, Sophie Guéant et Gérard VALLET - ANDT) dans le coin salon.
À la fin de ma visite et après le café et les multiples explications fournies autant par Lucile, la présidente, que par Sophie (Azimut Évènements) ou encore Émilie toutes fondatrices de l’association, cet arrêt-minute rural est rentable depuis son ouverture en octobre 2010. Disons plutôt qu’il sait vivre de ses propres ressources. Et ça c’est formidable et exemplaire, car il ouvre une voie nouvelle, celles des nouveaux entrepreneurs, capables de travailler en réseau, capables de mutualiser des équipements, un espace et une communication mais d’en payer toujours le juste prix (ou le prix le plus juste). Ici, la notion de confiance prend un certain relief.
J’y vois vraiment une forme d’intelligence à développer, sous une forme ou sous une autre, mais de préférence avec les conseils de Lucile. Ils seront forcément précieux aux personnes qui voudraient suivre son exemple et pourquoi pas, entrer dans son réseau de petits espaces ruraux de coworking.
Pour en savoir plus :
L’Arrêt minute. 34, route de Catusseau – 33500 Pomerol. 05 35 54 08 14
http//arretminute.fr
Lucile Aigron (les graphistes du Libournais) membre fondateur et présidente de l’association.
Sophie Guéant (Azimuts Évènements) membre fondateur.
Émilie Pastureau – Relations presse, rédactionnel, évènements. Membre fondateur.